Autisme

Eurêka autistique, suite

Article publié initialement sur mon autre blog le 25 janvier 2025 et déplacé ici.

Cet article est en quelque sorte la suite de l’article précédent : Fragilité. Ce soir, je regardais un autre épisode de la série Astrid et Raphaëlle, l’épisode 5 de la saison 3. Au début de l’épisode, nous voyons la chargée de formation mettre la pression sur Astrid, qui, à cause de son autisme, n’arrive pas à lui répondre. La chargée de formation lui dit qu’elle ne sera pas capable d’obtenir son diplôme si elle ne sait pas faire face aux examinatrices, lors de l’examen final. Astrid fuit le cours et souhaite abandonner sa formation pour devenir OPJ. Cela a déclenché plusieurs souvenirs chez moi. Je me rends compte que j’ai presque raté tous les oraux que j’ai pu passer pour divers examens. Je ne comprenais pas la question ou bien, je n’arrivais pas à formuler ma réponse correctement, lorsque j’étais en état d’avoir une réponse correcte. Je me souviens m’être fait gronder un nombre incalculable de fois par les examinateurs. Je me souviens d’un professeur d’anglais qui me demandait si je me moquais de lui lorsque je répétais ce qu’il disait. Je ne comprenais pas sa réaction et je ne savais pas quoi faire. C’est seulement maintenant que je me rends compte que je faisais des écholalies.

Avant mon eurêka, je n’avais jamais fait le lien entre tous ces échecs scolaires. Je n’avais jamais réalisé à quel point passer un oral était difficile pour moi. Encore aujourd’hui, malgré ma réussite en informatique, je peine toujours énormément lors des entretiens d’embauche lorsque je change de travail. Plusieurs fois, les retours des recruteuses étaient que techniquement, l’entreprise était satisfaite, mais qu’il y avait autre chose qui n’allait pas, qu’il y avait quelque chose de bizarre avec moi qui faisait que l’entreprise ne se projetait pas de travailler avec moi. Je me rends compte maintenant que lors des oraux, lors des entretiens, lors des interviews, je suis terriblement mauvaise, que je l’ai toujours été. Je perds mes moyens. Je ne peux pas répondre spontanément à une personne qui me pose une question, j’ai besoin de réfléchir à cette question, tranquillement. Savoir qu’il y a le chronomètre qui tourne ou bien qu’il y a une attente à mon égard à ce moment fait que je perds mes moyens. Je brille plus facilement lorsque personne n’attend rien de moi. Comme si je n’aimais pas être vue, perçue, observée et que cela me paralysait.

Un autre sujet sur lequel je me rends compte que je me suis complètement trompée jusqu’ici, c’est l’angoisse. Je suis angoissée. C’est juste qu’avant, je ne l’identifiais pas, je ne le montrais pas, parce que j’ai été éduquée ainsi. Parce que je n’avais pas le droit d’être fragile. Alors, je faisais semblant. Je refoulais consciemment et inconsciemment toute l’angoisse que je pouvais avoir et je me voilais la face. Je faisais la politique de l’autruche. Je me mentais, et je mentais aux autres. De plus, cela n’allait pas avec l’image que je renvoyais aux autres. Ma femme me décrit parfois comme « une force de la nature » parce que je surmonte tous les obstacles qui se dressent devant moi et que je vais de l’avant sans jamais me poser la question de savoir si j’en suis capable, tellement, c’est une évidence pour moi, je suis capable, et rien ne pourra m’arrêter. Si seulement.

Récemment, pour le temps d’une après-midi, j’ai fui ma maison, le reste de la famille accueillait les scouts américains laïcs dont nos filles sont membres. Avec ma femme, nous avons convenu que pour cette occasion, comme il y avait trop de monde chez nous, des personnes que je ne connais pas, cela aurait été difficile pour moi, alors le plus simple, c’était que j’évite d’être là. Je me suis dit que j’irai prendre un café quelque part. Dès que les premières invitées sont arrivées, j’ai fui la maison et je suis partie me chercher un bar ou un café pas très loin de chez moi pour m’y installer et faire passer le temps avec un livre. Sauf que je n’ai jamais pris un café à côté de chez moi pour la bonne raison que je préfère prendre un café chez moi. Cette fois-ci, je me suis rendu compte que j’ai toujours du mal à entrer dans des endroits que je ne connais pas. Lorsque je suis accompagnée, je laisse les autres passer devant et je suis, sans compter que là, étant seule, je ne peux pas me servir des autres pour entrer avant moi. Cela a toujours été le cas, j’en avais plus ou moins conscience. Cependant, depuis mon eurêka, maintenant, quand je le peux, je surveille ce que je fais pour mieux me connaitre. Je prends conscience de toutes ces choses dont je ne me rendais pas compte auparavant. Lorsque je suis seule, j’ai un mal fou à aller à des endroits que je ne connais pas. Je suis angoissée et je redoute l’interaction sociale que je vais devoir gérer avec les autres personnes. Seule, je ne peux pas me cacher derrière quelqu’un d’autre, typiquement, ma femme, mes collègues. Il n’y a pas que le nombre de gens qui me pose un problème, c’est surtout qu’ils et qu’elles soient chez moi, dans mon chez-moi, avec mes affaires, qu’elles pourraient toucher, déplacer, manipuler, sans le remettre exactement à sa place, de la manière dont moi, je le range. Savoir des gens dans mon chez-moi me perturbe, alors une vingtaine de personnes à la fois, cela aurait été un supplice, j’aurais probablement fini par faire des remarques aux gens, submergée par mes angoisses, j’aurais fini par être impolie.

Je suis fatiguée. Un nombre incalculable de fois, j’aurais souhaité que la vie soit plus facile. Que pour une fois, la vie soit facile, que je n’aie pas à me battre, à lutter, contre tout le reste pour être heureuse. Je voulais juste avoir une vie plus simple, plus reposante, moins stressante. Je me rends bien compte, une fois de plus, que ce ne sera pas le cas.