Shutdown et meltdown
Article publié initialement sur mon autre blog le 28 juin 2024 et déplacé ici.
Encore des mots anglais, désolée. Je vous renvoie sur cet article si vous voulez savoir pourquoi j’utilise des termes anglais dans un bon franglais à la sauce startup nation.
Pour les définitions, je vous renvoie aussi vers des articles extérieurs, ici pour le shutdown et ici pour le meltdown, attention, c’est en anglais. Globalement, dans les deux cas, l’idée de ces mécanismes, c’est de protéger la personne autiste en cas de surcharge émotionnelle, sensorielle ou cognitive. Typiquement lorsqu’elle est soumise à un stress trop important qui va aller au-delà de sa résistance émotionnelle, sensorielle ou cognitive. Par exemple, une exposition à un environnement social trop longue ou trop sollicitant, à des stimuli insupportables ou autres situations que la personne autiste ne supporte pas. C’est assez bien expliqué dans les deux articles en liens, ci-dessus.
Comme d’habitude, et je ne le précise pas toujours, c’est la règle générale de mon blog, je parle uniquement de mon cas personnel. Attention à ne pas généraliser mes propos, ce n’est aucunement mon intention. De plus, je suis toujours en train d’essayer de me comprendre, de savoir comment je fonctionne et je n’ai franchement pas une réponse définitive à cela. Tout d’abord, parce que je me rends bien compte que je me connais assez mal sur ce sujet et ensuite puisque je change aussi, une personne, un être, n’est pas figé dans le temps. Il se peut que j’édite cet article dans un avenir plus ou moins lointain pour l’actualiser avec mes dernières réflexions sur le sujet. De plus, les réflexions que je couche à l’écrit dans cet article sont grandement le fruit de mes discussions avec ma femme, de ce qu’elle observe chez moi.
Voilà quelques jours que je me pose la question de savoir si je fais des shutdowns et, ou des meltdowns. Je suis arrivée assez rapidement à l’idée que je faisais des shutdowns, en revanche, je ne pensais pas faire de meltdowns. Encore une fois, je me suis trompée et cela se joue sur l’idée que j’avais du meltdown. J’imaginais une crise autistique très cinématographique alors qu’en réalité, cela peut être bien différent.
Quelles sont les réponses typiques en cas de situation stressante ? Pour cela, quatre possibilités : Fight, flight, freeze et fawning. Dans le cadre de l’autisme, fight correspondrait au meldown, flight consiste à fuir la situation stressante, freeze correspond au shutdown et le fawning, c’est aussi ce qu’il est possible d’appeler le « people pleaser ». Faire tout ce que l’autre nous demande pour apaiser la situation.
Fawning
Par exemple, je fais du fawning au travail, quand je suis en désaccord avec d’autres développeuses sur la façon de régler un problème, souvent, je lâche l’affaire la première. Ce qui n’a pas toujours été le cas. Je me souviens que plus jeune, généralement, j’étais plus dure en négociation, sauf qu’avec le temps, j’ai fini par accorder beaucoup moins d’importance à ce genre de décision. Malgré cela, je sais choisis mes combats et lorsque j’estime cela important, je sais aussi défendre mes idées. Le reste du temps, je fais du fawning. Mes collègues pourront s’en apercevoir si elles font attention à cela. Autre exemple, j’ai tendance à prendre en compte toutes les remarques de review sur mes PRs, y compris les NIT et les OPT voire les FAR, sans les argumenter, à part lorsqu’il y a une erreur manifeste dans le commentaire de review. Désolée pour les non-informaticiennes, ces acronymes doivent vous paraitre cryptiques.
Flight
Quand je suis dans une situation stressante, je tente de fuir. S’il y a trop de bruit, je m’écarte du bruit, s’il y a des odeurs que je ne supporte pas, je me déplace. J’évite les foules et la promiscuité, de façon générale, s’il y a quelque chose de trop stressant et que je peux l’éviter, je l’évite.
Meltdown
Cependant, fuir n’est pas toujours possible et ma réaction sera en fonction du désordre qui me perturbe. Quelque chose qui me perturbe beaucoup, c’est ce que j’appelle le chaos dans mon environnement proche, typiquement, c’est mon chez-moi. Cela, je ne peux pas le fuir, je ne peux pas non plus l’ignorer en faisant un shutdown, donc, il reste seulement le meltdown pour y remédier si toutes les autres actions n’ont pas fonctionné précédemment. En particulier, je fais ranger le bazar mis par les enfants fissa et manu militari, pour le dire joliment. Oui, je suis irritable, énervée, je prends mon ton sévère et mes filles sont traumatisées du rangement. Je peux faire une fixation sur un simple bout de papier au sol. Je suis incapable de penser à autre chose tant que ce bout de papier n’est pas jeté à la poubelle, je vois uniquement ce bout de papier. Globalement, mes meltdowns ressemblent plutôt à moi très énervée pour des raisons qui peuvent vous paraitre non justifiées ou totalement disproportionnées. Ou alors cela peut être lorsque je me sens attaquée. Lorsque je me sens attaquée, j’ai immédiatement une réponse violente et non graduée, ce qui étonne toujours énormément l’entourage qui est témoin de ce qui se passe.
Quand j’étais enfant, je me faisais souvent embêter, j’ai toujours pensé que c’était parce que je suis une adoptée coréenne qui ne parlait pas le français. Ma récente prise de conscience sur l’autisme me fait revoir cette hypothèse. Je me souviens que les autres enfants me disaient que j’avais une voix bizarre, que je parlais comme un robot, que j’avais des manies bizarres et d’autres choses. J’aimais bien toucher le ventre de chacun. Quand je rencontrais une personne, je la reniflais et autres comportements de ce genre. À force de me faire embêter, de me faire moquer, j’avais demandé à mes parents d’intervenir. Mon père, dans sa délicatesse habituelle, m’a dit que je devais apprendre à me défendre seule. J’ai donc appris à me défendre seule, et pour cela, j’ai commencé à taper les autres enfants qui m’embêtaient et que ce serait le cas pour toutes les personnes qui m’embêteraient. Ce qui pouvait entrainer des bagarres. Maintenant, adulte, je n’en viens plus aux mains, en revanche, ce n’est pas verbalement raffiné, ce n’est pas non plus très discret. Ce qui étonne les personnes, c’est le côté disproportionné et immédiat de la réponse alors que normalement, ce devrait être plus graduel.
Je ne pense pas faire de crises telles que cela nous ait donné à voir dans les séries télévisées ou au cinéma, enfin, je ne crois pas. Comme il y a plusieurs choses dont je ne m’étais pas rendu-compte jusqu’à présent, je peux avoir raté des trucs. De plus, je me suis rendu compte que je n’en avais pas toujours conscience lorsque je faisais une crise autistique.
Si vous me voyez faire un meltdown, cela ne s’arrêtera pas tant que l’élément déclencheur n’a pas été supprimé. N’essayez pas de me calmer de force, cela ne fonctionnera pas et au contraire, cela m’énervera encore plus. Il faut s’attaquer à l’élément déclencheur, soit faire en sorte de le supprimer ou l’éloigner. Autrement, vous pouvez me faire remarquer que vous pensez que je suis en meltdown, selon le cadre, je vais essayer de me contenir.
Shutdown
Concernant les shutdowns, j’ai l’impression que je fais des shutdowns qui s’expriment de deux manières légèrement différentes. La première, c’est lorsque je sature des interactions sociales, que je n’arrive plus à camoufler, et dans ce cas, je freeze, puis au bout d’un moment, je reviens. La seconde, c’est lorsque je me réfugie dans ma bulle. Je peux faire une activité qui me plait, je peux bouger, mais j’ignore les personnes autour de moi. Je risque de ne plus vous entendre, je vais explicitement m’isoler et repousser les personnes. En réalité, je ne suis pas certaine de ce dont je suis encore capable dans cette situation, socialement parlant.
J’ai l’impression que je peux freeze, c’est-à-dire que je ne bouge plus, je ne parle plus, je regarde dans le vide et franchement, je ne suis plus là bien que mon corps reste là. Je suis dans un état de dissociation. Cela semble avoir une durée variable, jusqu’à une heure selon ma femme, même si elle ne m’a jamais chronométrée. Alors, je lui ai demandé de le faire la prochaine fois que je fais cela en sa présence afin de savoir, je suis curieuse. Je n’ai pas conscience de ces dissociations. Je ne sais même pas si, dans ce cas, mon esprit erre, ou bien si mon esprit ne fait rien. Cela m’arrive lorsque je suis dans une situation sociale intense, typiquement une soirée avec beaucoup de personnes et beaucoup de bruit, n’importe quel événement avec beaucoup de personnes, et en particulier lorsque je dois assurer la conversation. Cela peut m’arriver même si les personnes avec qui je suis sont des proches, cependant l’idée est que moins, je connais les personnes et plus cela risque de m’arriver. Cela peut aussi m’arriver s’il y a un bruit ambiant trop important et que je n’arrive pas à filtrer les conversations du bruit ambiant, un réfectoire de cantine, une salle bruyante. La contrariété peut aussi me pousser dans un état de dissociation.
L’autre shutdown, semble survenir plus fréquemment. C’est lorsque je suis trop fatiguée et que j’ai une overdose de sociabilisation et que je dois me ressourcer, me reposer, me remettre de mes efforts de sociabilisation, que je suis fatiguée de camoufler. C’est réellement pour faire face à une surcharge sociale. Ou peut-être aussi après quelque chose de très frustrant pour moi, ou de très contrariant. Cela, je le sens arriver. J’ai terriblement envie d’être seule, je ne veux plus parler à qui que ce soit, même ma famille, ma femme ou mes enfants, plus personne du tout. Je ne veux plus qu’on ne me dérange du tout. Je repousse assez brutalement quiconque essaie de s’approcher, et je peux faire une activité qui me plait, par exemple, mon intérêt spécifique du moment. S’il y a bien une caractéristique commune à tous mes intérêts spécifiques, c’est que c’est une activité que je peux faire seule. Je m’enferme dans ma bulle. Là, pour le coup, cela fait vraiment penser à une bulle dans laquelle je me réfugie pour me ressourcer. En réalité, je peux encore parler, je peux encore répondre, mais cela va être très tendu. Par exemple, j’ai régulièrement besoin d’avoir plusieurs heures où je suis tranquille, le week-end, pour faire de la pâtisserie ou geeker sur quelque chose. Si vous me dérangez pendant que je fais cela, je vais très mal vous recevoir ou bien je vais carrément vous ignorer. Ce qui d’après ma femme est très malpolie lorsqu’une amie passe nous saluer. Dans ma tête, la priorité absolue, c’est de rester dans ma bulle. Si je suis trop dérangée et que je ne peux pas suffisamment me ressourcer, je vais être d’humeur massacrante jusqu’à ce que je retrouve un moment pour m’enfermer dans ma bulle. Quand je cherche à m’échapper dans ma bulle, il faut me laisser cette possibilité. Je me ressource ainsi et cela veut dire que c’est à ce moment-là que j’en ai besoin. Pas plus tard, pas le lendemain, mais maintenant. Les enfants viennent souvent me solliciter, parce que ce sont des enfants et que pour les enfants, leurs parents sont toujours là, que pour eux. C’est comme s’il n’y avait qu’eux qui existaient et bien dans ce cas-là, je chasse les enfants de la cuisine et repoussant systématiquement leurs assauts acharnés sur ma bulle. Si elles continuent d’insister, cela finit parfois en punition, car je n’arrive pas à les tenir à distance. Heureusement, l’ainée qui a presque neuf ans a compris qu’il fallait me laisser tranquille dans ce genre de situation, en revanche la benjamine qui vient d’avoir six ans peine encore à comprendre cela.
Je me suis aperçu que je faisais cela, occasionnellement, le soir. Dans ce cas, l’activité que je pratique peut-être différente, par exemple, je geek sur ma tablette, cependant le mécanisme est le même. Souvent après le diner en famille, je coupe toute interaction sociale. J’ai remarqué que depuis que j’ai un travail, une maladie chronique et des enfants, j’ai bien plus besoin de me réfugier dans ma bulle qu’auparavant. Je me suis aperçu que je camouflais aussi en famille, les relations sociales au sein de ma famille représentent un coût en fatigue sociale non négligeable pour moi. De plus, il n’est pas rare qu’après le repas, je repousse les enfants, même si elles ne veulent qu’un câlin. Je dirais quand même que le moment le plus important, c’est le temps que je prends le week-end. C’est vraiment à ce moment-là qu’il faut que je sécurise un créneau pour ma bulle, encore, le soir en semaine, cela passe si je me fais déranger. Plusieurs fois, j’ai été trop dérangée le week-end, rendant impossible pour moi d’avoir du temps pour me ressourcer dans ma bulle et je me suis sentie d’humeur absolument exécrable jusqu’à ce que je retrouve un moment pour ma bulle. Je fais une réelle différence entre ces deux situations.
La durée de ce type de shutdown peut extrêmement être variable. Cela dépend beaucoup de si je parviens à obtenir suffisamment de temps pour me ressourcer.
Si vous me voyez faire un shutdown, il vaut mieux ne rien faire. Laissez-moi tranquille, ne me sollicitez pas violemment, ne criez pas, évitez de me toucher, n’essayez pas de me sortir de ma bulle, si je suis dedans, c’est pour une bonne raison. Si vous me sortez de ma bulle de force, je risque d’avoir une réaction très négative. En revanche, vous pouvez normalement me parler, comme si de rien n’était. Je devrais vous répondre, mais, je peux avoir l’air désintéressée et tenter de vous envoyer balader, ne le prenez pas mal, cela veut dire que je n’ai pas suffisamment récupéré pour pouvoir reprendre des interactions sociales.


