Autisme

Desempathies

Article publié initialement sur mon autre blog le 26 mai 2024 et déplacé ici.

Cela fait bien 5 minutes que je ris de mon jeu de mot pourri avec le titre de cet article.

Ma femme dit que je n’ai pas d’empathie. Et elle a raison, en partie. C’est ce « en partie » qui fait une grosse différence. Pendant longtemps, j’ai cru qu’elle avait totalement raison, que peut-être, j’avais une personnalité anti-sociale. Mais quand même. Il y a des choses qui ne collaient pas avec cette hypothèse de travail. Cela faisait un certain temps que je cherchais ce qui était différent chez moi.

Pour mieux comprendre, il faut savoir qu’il y a deux empathies, l’empathie émotionnelle et l’empathie cognitive. L’empathie émotionnelle est la capacité à ressentir ce que ressentent les autres alors que l’empathie cognitive est la capacité à comprendre les émotions des autres. Les personnes autistes sont dépourvues de l’empathie cognitive, en revanche, ne sont pas dépourvues d’empathie émotionnelle. Cela est encore en lien avec la théorie de l’esprit. Si vous vous intéressez à l’autisme, vous comprendrez que la théorie de l’esprit est vraiment une pierre angulaire dans le fonctionnement des personnes autistes.

Pour vous donner un exemple, ma femme me dit que j’ai un comportement totalement inapproprié lorsque j’éclate de rire parce qu’une de nos filles s’est cognée la tête contre une rambarde en bois qu’elle n’avait pas vue. Et je suppose que tout le monde trouve cela inapproprié au regard de la tête des passants qui ont observé la scène. Je demande à ma femme pourquoi il ne faut pas rire. Elle me répond que ce n’est pas ce qu’il faut faire lorsque sa propre fille vient de se cogner la tête. Ce à quoi je lui réponds : « c’était un petit choc, elle ne s’est pas faite mal » . Ma femme m’explique alors que ce n’est pas parce que notre fille ne s’est pas faite mal qu’elle n’est pas vexée et qu’elle doit quand même être réconfortée. Je comprends qu’il faut que je réconforte ma fille sans comprendre vraiment pourquoi. C’est d’autant plus dur que j’étais en plein milieu d’un fou rire, avec ma fille qui me foudroyait du regard.

Un autre exemple, c’est lorsque ma fille, toujours la même, fait semblant de pleurer. Je ne sais pas pourquoi – enfin, après quelques recherches sur l’autisme, j’ai plutôt une bonne idée – je peux savoir si elle fait semblant ou pas. Ma femme se fait régulièrement avoir par les fausses larmes de notre fille. Je dis alors à ma femme que notre fille fait semblant de pleurer. Et là, notre fille s’arrête instantanément de pleurer et reprend son activité comme si de rien n’était. Laissant ma femme un peu mi-figue mi-raisin.

En revanche, ma femme a remarqué que s’il y avait un vrai problème, j’agissais immédiatement en dégainant les pansements de la Reine des Neiges. Sachez, chers non parents, que ces pansements soignent mieux que les pansements non Walt Disney. Je sais faire ce genre de sarcasme ! Je ne suis pas une si mauvaise mère que ça, qui fait des blagues à mes filles et qui se tord de rire quand elles rebondissent sur un obstacle. Ça y est, j’ai encore éclaté de rire en écrivant cela. Vite, appelez la DASS, enfin l’ASE.

Ce que je trouve bizarre, c’est que lorsque je ressens des émotions, je ne sais pas trop ce que je ressens. Je ressens un truc, cependant, je ne suis pas toujours certaine de savoir si c’est de la joie, de la colère, de la tristesse. Je reconnais facilement les émotions extrêmes, quand je suis très contente, quand je suis très triste et cetera, en revanche, dès que c’est plus nuancé, je galère. Parfois, devant une série médicale, je me mets à pleurer et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je regarde The Good Doctor ces temps-ci, quelle surprise. Très majoritairement, toutes les situations me laissent aussi froide que du marbre. Enfin, je crois.

Aller, pour ma défense, je vous invite à regarder cette vidéo de 5 min de l’Université de Clermont Auvergne : Les personnes autistes et l’empathie.